Il était une fois, il y a très longtemps, aux confins d'une contrée éloignée, un jeune homme issu de ces tribus nomades du désert du Sahara.
On disait que son père était allé chercher fortune de l'autre côté du désert et avait fondé une autre famille là-bas, et que sa mère était une jiniya qui l'avait laissé là avec les humains à sa puberté. Il n'avait donc plus, ni père ni mère pour l'éduquer et le protéger. Il goûtait donc souvent au châtiment du chef du village où il existait.
C'était un jeune homme silencieux mais vif d'esprit. Il devait son pseudo mutisme à la tradition de son peuple ; "peu de mots, ils sont précieux et consomment beaucoup dans ce milieu aride". Il avait donc appris à exprimer beaucoup avec une quantité de mots limités.
Mais, dans ce village, parler et réciter des poèmes était une qualité louable. Et devant ce monstre de silence, les villageois restaient, perplexes, méfiants. De plus, il ne savait pas lire, ce qui le faisait paraître inculte, même idiot.
Ce jeune garçon s'appelait Mohand et était court de taille, ce qui était rare dans sa tribu.
Il n'avait qu'un seul ami et c'était une fille … La fille du chef du village. Être ami avec une jeune fille quand on est jeune garçon éveillait des soupçons de la méfiance et surtout le dégoût, surtout s'il s'agissait de la fille du chef du village. Elle lui enseignait la lecture, et il adorait cela. Il aimait apprendre, comprendre, savoir, surtout en compagnie de Tassadit. en retour, il lui enseignait l'art de combattre à mains nues, à l'épée, et à monter à cheval. Enseignements qui devaient être normalement prodigués pas son père, en ces tribus où les femmes se devaient d'être fortes et combattantes. Mais son père, ignare de ces savoirs essentiels, ne lui enseignait que les lettres et la poésie. Lui, comptait que sur sa position de chef de village pour inspirer l'autorité. Cependant, l'on perd son autorité au moment où l'on commence à l'exercer.
Mohand était profondément attaché à la jeune fille, ses sentiments étaient encore à l'état de bourgeon, il ne sentait ni attraction ni désir pour celle qu'il voyait comme un oasis dans ses déserts. A chaque rencontre avec elle, chaque discussion, chaque sourire, à chaque regard complice, il était jeté dans une cave sombre pour de longs jours.
Lui, qui n'avait que pour seul toit, le ciel, et pour tout mur, les dunes de sable, souffrait à en devenir fou de se retrouver ainsi enfermé.
Les nuits étaient glaciales, et les journées suffocantes. Fort heureusement, Tassaadit, son amie bien-aimée , le visitait, lui apportant, burnous de laine pour la nuit et "amen aghroum" pour le jour.
Il serait devenu fou, ou pire, sans elle.
Tous les jours, inlassablement, Tassadit rejoignait Mohand et lui fredonnait les chants de son enfance. Et tous les jours, ils étaient battus tous les deux. Mohand suppliait d'être battu deux fois, pour que l'on ne toucha point à celle qui ne méritait point la douleur.
Enfin, lors d'un jour plus aride et étouffant que jamais, la porte s'ouvrit ...
